Restauration

"Scène de marché"
restaurée en 2006

Scène de marché

Tapisserie de Bruxelles ( ?) – XVIIIe siècle
Dimensions : 260 cm x 520 cm


La tapisserie évoque une scène de marché très animée: des groupes de personnages associés en saynètes se succèdent de gauche à droite conférant à l'ensemble un caractère narratif et dynamique.
A gauche, des marchandes pèsent sur une balance leurs fruits devant des clients en discussion; un colporteur accompagné de son chien propose ses marchandises dont des rubans. Plus loin, devant des échoppes et sur un fond de bâtiments dont une église, se tient un rassemblement de badauds venus écouter le crieur public juché sur un tonneau. A l’arrière-plan, des bateaux de commerce viennent accoster sur la rive pour y être déchargés: on aperçoit des porteurs dont l'un se dirige vers une porte fortifiée en partie ruinée, proche d’une puissante tour d’enceinte. A droite, une charrette immobilisée devant une échoppe est déchargée de ses produits sous les yeux de quatre badauds tandis que la marchande de légumes à l’avant-plan dispose ses paniers de pommes. Sur un fond arboré et de paysage fluvial, se découpe un bâtiment imposant aux larges fenêtres ogivales à meneaux dont l'entrée est précédée d'un escalier à double volée où semblent discuter quelques hommes. Au centre, autour d’une fontaine ornée d’un obélisque, se regroupent cavaliers et badauds dont un pèlerin reconnaissable à sa coiffe à coquille et son bourdon, venu s’y désaltérer.
La disposition étudiée des groupes et des saynètes contribue à l’équilibre de la composition. Certains fruits et légumes évoquent de véritables natures mortes tel le magnifique bouquet de fleurs présenté dans un vase situé au pied de l'étal à gauche. Les étals côtoient les groupes de paysans, en une alternance de couleurs lumineuses dans des gammes de rouges, bleus et verts.
La tapisserie est entourée d'une riche bordure imitant le bord d'un cadre stuqué et doré d'une peinture, caractéristique du XVIIIè siècle. Elle ne porte aucune marque de centre ni d'atelier licier.

Cette scène de marché paysan évoque le goût d'une clientèle noble et bourgeoise pour la vie de la campagne, jugée bucolique, alimenté encore par les écrits de ce siècle des Lumières.
Elle s'inspire des "Ténières", tapisseries particulièrement en faveur et répandues durant le XVIIIè siècle. Le peintre David Teniers II, dit le Jeune (1610-1690) transposa en tapisseries, des sujets réalisés en peintures, consacrés à des scènes populaires de la vie quotidienne tels des kermesses, cabarets, jeux, ou encore des marchés… Ces  thèmes champêtres ont continué à être tissés durant le XVIIIè siècle par les différents centres liciers flamands, français et européens (Audenarde, Lille, Beauvais, Madrid, Londres) et connurent un succès considérable auprès de la société de l'époque. Les peintres réalisaient alors des cartons d'après des modèles de D.Teniers ou les réinterprétaient suivant le genre. Dans ces scènes, se retrouvent de manière assez similaire paysages, apartés entre personnages, fontaines à obélisque, entrées de ville en forme d'arcade, bâtiments fermant le champ de la représentation, parfois en partie en ruines…

Cette tapisserie, dépourvue de toute marque de ville et d'atelier licier, est considérée comme une production bruxelloise. Ses dimensions imposantes, la qualité des couleurs, l'agencement de la scène et la vivacité de celle-ci sont autant d'éléments en faveur de cette hypothèse. Cependant, il convient de souligner la qualité des produits issus des ateliers Werniers de Lille et de ceux d'Audenarde, à la même époque.
On peut la rapprocher d’une scène de marché assez similaire, « le marché en l’Isle » (collection privée), attribuée aux ateliers bruxellois de Leyniers (1712-1734), grand fournisseur de ce genre sur le marché européen de l'époque. On y retrouve en effet des personnages et saynètes identiques dont la marchande à la balance, la femme et son enfant regardant l'étal, un bâtiment imposant fermant la scène et la fontaine à obélisque où viennent se désaltérer cavaliers et pèlerins.
Cette remarquable tapisserie se situe donc dans un contexte de production licière populaire très en vogue à l’époque.


Béatrice Pennant
Historienne de l'art - Responsable du Centre de documentation