Restauration

"Les enfants jardiniers"
Restaurée en 2015

"Les enfants jardiniers"©Misson
Cette tapisserie appartient à une tenture ayant pour thème «Les enfants jardiniers» qui connut plusieurs éditions, de la 2è moitié du 17è siècle au 18è siècle. 

Elle fut tissée à la Manufacture des Gobelins à Paris, fondée en 1662 par Jean-Baptiste Colbert, Contrôleur général des Finances. Devenue en 1667 la Manufacture des Meubles de la Couronne, celle-ci était destinée à fournir l’ameublement complet de toutes les résidences royales et plus largement à développer l’économie et la production d’art français comme d’autres manufactures créées à cette époque, dans un esprit de protectionnisme économique et commercial. Il convenait de limiter voire d’exclure les exportations étrangères de produits de luxe extrêmement coûteux parmi lesquels les tapisseries de Flandres et de Bruxelles, commandées jusqu’alors en nombre par le roi de France et la noblesse. 

Parmi les premières réalisations de la Manufacture, la suite «Les Saisons» fut tissée en 1664, sur des cartons de Charles Le Brun, peintre of ciel du roi Louis XIV, directeur de la Manufacture de 1663 à sa mort en 1690. Sur ses huit pièces, les quatre entre-fenêtres re- présentaient des amours ailés pratiquant des travaux de jardinage et de cueillette. Cette série fut installée dans le Pavillon de l’Aurore dans le Parc des Sceaux à Paris. 

C’est en s’inspirant des entre-fenêtres des «Saisons» que Sève le Cadet, peintre et collaborateur de Charles le Brun aux Gobelins (parmi la cinquantaine de peintres cartonniers travaillant dans l’entourage de ce dernier) redessina les cartons des «Enfants jardiniers». La tenture représente non plus des amours ailés mais des enfants aux cheveux bouclés, légèrement vêtus de tuniques colorées, dans leurs activités de jardinage et dans le cadre d’un parc à la française, illustrés en six tapisseries. Aux quatre saisons habituelles, s’ajoutent une seconde pièce consacrée au printemps «Grande pièce de Printemps» et une plus petite version de l’automne «Petite pièce de l’Automne». 

Cette tenture fut produite par trois fois sous la direction par Charles Le Brun. Les deux premières furent tissées avant 1685 par l’atelier lissier de Jean de La Croix et celui de Jean-Baptiste Mozin (basse lisse), tous deux issus de l’atelier du faubourg Saint-Marcel à Paris, à l’origine, avec d’autres ateliers, de la création de la Manufacture des Gobelins. Destinées initialement à Colbert, elles furent offertes en cadeaux diplomatiques à des ambassadeurs étrangers. 

Ce thème connut un réel succès durant plus d’un siècle et fut porté sur le métier à huit reprises entre 1685 et 1720. Les artistes cartonniers adapteront ces scènes saisonnières en fonction du goût de l’époque, parmi lesquels Alexandre-François Deportes (1661-1743), peintre animalier attitré du roi Louis XV, qui y introduit des représentations animales (chien, perroquet,...). 

L’engouement pour ce sujet répond à l’esprit du siècle des Lumières et à la philosophie de la Nature, propres à cette époque. La bordure n’est pas d’origine et est dépourvue de tout sigle ou marque. Parmi les tapisseries ou fragments conservés (Pau, Paris, Bourges, Versailles, Saumur, Marseille...), cette pièce est proche de la version conservée au château de Saumur (Maine-et-Loire) «le Grand Printemps» et peut être attribuée à l’activité de la Manufacture des Gobelins au début du 18è siècle. 


Béatrice Pennant
Responsable du centre de documentation du TAMAT