Restauration

"Charité de Soligny 1614"
Restauré en 2013

Procession annuelle du 22 mai 2014 - Heudreville-sur-Eure

Chaperon de la confrérie de la «Charité de Soligny 1614» 


Cet ornement textile richement décoré correspond à un chaperon de confrérie de charité, sorte d’étole de velours souvent brodée d’or et d’argent, ornée de franges et bordée d’un galon. Il est porté en bandoulière par le membre, passé obliquement sur l’épaule gauche et noué sous le bras droit. La confrérie est une association d’une quinzaine de bénévoles – les charitons - at- tachés à une paroisse (ou maintenant un village) qui assurent les inhumations et le soutien aux familles, l’organisation de processions religieuses et assistent le célébrant lors des of ces reli- gieux. Placée sous le patronage d’un saint patron, la confrérie des frères et plus récemment des sœurs, de religion catholique, obéit à un règlement intérieur et à une hiérarchie : l’échevin ou le maître, le prévôt, le tintenellier (ou clocheteux) et ce, indépendamment des fonctions de pré- sident, trésorier ou secrétaire. Chaque frère reçu au sein d’une confrérie après unanimité des membres, reçoit le chaperon au cours d’un of ce. Chaperon et bannière de procession sont de couleur différente suivant la confrérie et portent la représentation de son saint patron. Le fond de velours noir correspond au chaperon des of ces funèbres. 


Nées il y a près d’un millénaire, ces confréries se développent au Moyen-Age dans le contexte des guerres et des épidémies de peste ou de choléra, suscitant des actes de charité et de services à la population et aux indigents. Le convoi funèbre était alors précédé des tintenelles, des cloches action- nées par un frère, invitant la population à s’éloigner du cortège pour éviter toute contagion. Celles-ci sont toujours utilisées lors des mariages et des enterrements. Interdites à la suite de la Révolution française, les confréries renaissent dans la seconde moitié du 19è siècle, périclitent quelque peu au cours du 20è siècle, avant de connaître à nouveau un cer- tain essor. Des confréries de charité inactives depuis plus d’un siècle renaissent ainsi de nos jours. Elles sont encore nombreuses en France, dans le Nord, à Paris et en particulier, en Normandie dans l’Eure qui compte plus de 120 confréries de charité (soit 1200 frères et sœurs) et dans le Calvados. Celles-ci sont associées en une Union diocésaine, sous la direction d’un conseil diocésain et d’un grand Maître, qui se réunit en congrès tous les 5 ans. Chaque année se déroule une fête de charité, propre à chaque confrérie ainsi qu’un rassemblement de toutes les confréries du diocèse, associant processions, of ce, repas, vê- pres,... le dernier en mai 2016 ayant eu lieu à Verneuil-sur-Avre. 

Soligny-la-Trappe est une petite commune de 700 habitants du département de l’Orne, siège de l’abbaye cistercienne de ‘la Trappe’. La confrérie de charité attachée à la paroisse fut érigée en 1614. Le chaperon remonte vraisemblablement au 19è siècle et se distingue par la représentation de Saint Roch et de Saint Sébastien, tous deux invoqués comme protecteurs contre la peste et la maladie. On en connaît un autre exemplaire au Musée en Piconrue à Bastogne ainsi que dans la collection de la gilde de Saint Roch à Gand. 


Béatrice Pennant