Restauration

"Dieu chassant Adam et Eve du Paradis"
Restaurée en 2013

"Le péché originel : Dieu chassant Adam et Eve du Paradis"©Misson

Dès l’époque médiévale, nombreuses sont les représentations de la Genèse, en particulier du premier couple, Adam et Eve et ce, dans un but didactique et spirituel. A l’époque de la Renaissance où domine le goût du nu, ce sujet est fréquemment représenté pour des raisons esthétiques, la beauté du corps humain, ainsi que dogmatiques, en relation avec la conception de la destinée humaine et de sa rédemption. 

Cette tapisserie associe divers éléments du récit de la Genèse. Les angles supérieurs figurent la création du monde, celle de la terre et des eaux, de la lumière et du ciel, tandis qu’une riche végétation et un couple d’animaux (chevaux) témoignent de la luxuriance du jardin d’Eden.
L’épisode principal illustre les conséquences du péché originel, le fruit de la connaissance étant déjà consommé. Dieu, puissant personnage couronné et auréolé de lumière, surprend le couple qui cache sa nudité par des rameaux de guier. A ses cotés, un cerf, animal sou- vent représenté dans le Paradis, est assimilé au symbole du Christ. A l’arrière-plan, suivant la tradition médiévale du découpage des scènes, le Créateur revêt Adam et Eve des habits de peau avant de les chasser du Paradis. La représentation hybride de Satan, à la fois serpent
- dragon pourvu d’ailes et de mains humaines, évoque une créature issue de l’univers fantastique et imaginaire médiéval. 

La bordure est exceptionnelle par son riche décor : des grotesques, des animaux fantastiques (sphinges ailées, êtres humains au corps enroulés et tronqués,...), des végétaux entremêlés, propres à la Renaissance, sont entrecoupés de cartouches évoquant les continents (Africa, America, Asie) et vraisemblablement les saisons, qui se déclinent dans les cartouches à gauche, «liver» étant seul mentionné. 

La tapisserie est dépourvue de marque de ville lissière et d’atelier. Parmi les autres cycles
de tapisseries consacrés à la création de l’homme et au péché originel, on peut citer les en- sembles exceptionnels conservés à Florence et à Cracovie, issus des ateliers de Bruxelles au milieu du 16è siècle. 

Cette tapisserie a subi des retouches colorées à une période indéterminée, destinées à cacher la nudité d’Adam et Eve, au niveau de la poitrine, et dont les traces sont encore bien visibles. 


Béatrice Pennant
Responsable du centre de documentation du TAMAT