Expositions

Artiste invitée : Aurélia Jaubert

Aurélia Jaubert, 3ème âge (le retour d’Ulysse), 2018. Canevas assemblés et cousus.© Aurélia Jaubert

Du samedi 26 juin 2021 au lundi 30 août 2021

Tout au long de l’année, TAMAT invite des artistes à intégrer une série d’oeuvres dans l’exposition permanente du musée, Tournai, territoire textile

En guise de clin d’œil à l’exposition Faire tapisserie (La Manufacture, Roubaix, France), , TAMAT expose une œuvre monumentale de l’artiste textile Aurélia Jaubert. Réalisée à partir de fragments de canevas, assemblés entre eux à la façon d’un collage, cette fresque aux allures « pop » contient à la fois un chaos et une qualité narrative similaires aux tapisseries tournaisiennes anciennes.

Ce n’est pas tout à fait les dimensions de la Tapisserie de l’Apocalypse mais ça s’en approche… Apocalypse joyeuse de Jésus en tutu et de Mickey reluquant la Vénus au miroir de Vélazquez, 3e âge (le retour d’Ulysse) déverse des siècles d’histoire de l’art et d’imagerie populaire sans que l’on sache très bien si la chronologie des événements importe encore. Comme dans une petite nature morte de Cézanne ou un grand collage pop d’Erró, ce gigantesque assemblage de canevas, glanés çà et là, affole le regard en se dérobant à toute perspective rationnelle. Plus proche des compositions médiévales dans sa narration, c’est un hommage aux «ouvrages de dames», déclare Aurélia Jaubert. Naviguant par-delà le bon et le mauvais goût, aurait-elle trouvé la clé des songes dans des pièces de brocante et des trésors de grenier ? En associant librement des motifs de galion et de geisha, de chatons et de dauphin, de ballerine et de paysage de Courbet, l’artiste nous embarque en tout cas dans l’imaginaire de femmes rêvant encore à des licornes. Des Penelope à la retraite qui n’attendent plus le retour d’Ulysse pour se remettre chaque jour sur le métier et se projeter dans un monde de beauté. Avec l’humour piquant qu’on lui connaît, Aurélia Jaubert entend, par un juste retournement des choses, exposer dans l’espace immaculé d’une galerie ou d’un musée cet univers grouillant nourri de Chardin comme de Walt Disney. Ces travaux d’aiguille n’intéressent personne ? Le plaisir des vieilles dames n’est pas sexy ? Peut-être. Mais il est ici beau comme la rencontre fortuite d’une machine à coudre et d’un paradis perdu. Comme un retour du refoulé qui charrierait avec lui des vies et des vies passées à s’évader par l’image du cercle clos du foyer familial ou de la maison de retraite. Et l’on repense aux quatre mots merveilleux de la Dame à la licorne :«A mon seul désir».

Natacha Nataf